
Le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) sert à mettre noir sur blanc les risques auxquels vos salariés sont réellement exposés, poste par poste. Il ne s’agit pas d’un exercice théorique : une évaluation claire permet de prioriser, puis de décider des mesures de prévention qui auront un effet concret. Or, dès qu’un accident survient ou qu’un contrôle a lieu, la capacité à démontrer une démarche structurée est primordiale. Le DUERP devient alors à la fois un outil de gestion et un élément de traçabilité. Autrement dit, vous transformez une obligation règlementaire en méthode de management de la santé et de la sécurité au travail.
Respecter l’obligation DUERP et structurer une prévention crédible
Le DUERP est obligatoire dès l’embauche du premier salarié et s’inscrit dans l’obligation générale de prévention qui pèse sur l’employeur. Ainsi, son intérêt dépasse largement le « dossier à avoir » : il oblige à identifier les dangers, à apprécier le niveau de risque et à justifier les priorités retenues. Votre entreprise peut-elle prouver qu’elle a repéré les situations à risque, puis qu’elle a choisi des mesures proportionnées ? C’est précisément ce que formalise le document unique pour le télétravail, qui sert ensuite de point d’appui au plan d’actions de prévention, et, selon l’effectif, à un programme annuel structuré ou à une liste d’actions de prévention.

Sur le terrain, cette logique se décline par unités de travail : ateliers, bureaux, chantiers, déplacements, astreintes, etc. Le DUERP donne un cadre pour arbitrer entre ce qui relève d’une correction immédiate et ce qui se planifie, avec un calendrier, un responsable et des moyens. Il facilite aussi l’appropriation par les équipes, car chacun comprend pourquoi une consigne évolue ou pourquoi un équipement devient indispensable.
Faire vivre le DUERP : télétravail, mises à jour, traçabilité et sanctions
Un document unique pour les petites entreprises utile n’est jamais figé. Il doit rester cohérent avec le travail tel qu’il se fait, et non tel qu’on l’imagine. La règlementation impose une mise à jour au moins annuelle dans les entreprises d’au moins 11 salariés et, quel que soit l’effectif, lors d’un aménagement important ou lorsqu’une information nouvelle sur un risque est portée à la connaissance de l’employeur. Cette exigence évite un document « à jour sur le papier », mais déconnecté d’une réorganisation, d’un déménagement, d’un changement d’outils ou d’un accident. Du reste, le DUERP vise aussi la traçabilité collective des expositions, ce qui explique l’importance des versions successives et de la conservation des éléments dans le temps.

Le télétravail illustre bien cette nécessité : quand l’organisation devient hybride, les expositions changent, notamment sur l’ergonomie, l’isolement et la charge mentale. Selon l’Insee, au premier semestre 2024, 22,4 % des salariés du privé télétravaillent au moins une fois sur quatre semaines, avec en moyenne 1,9 jour de travail à distance par semaine : difficile, dans ces conditions, de traiter le sujet comme un simple « détail RH ». Un DUERP à jour débouche alors sur des mesures concrètes, par exemple des règles d’organisation, un accompagnement managérial, un suivi des équipements et des modalités de prise en charge lorsque des troubles apparaissent. Enfin, l’absence de DUERP ou de mise à jour expose à une contravention de 5e classe, souvent présentée à titre indicatif comme 1 500 € (3 000 € en cas de récidive), et des difficultés bien plus lourdes en cas d’accident ou de litige, faute de démontrer une prévention structurée.